les 10 mots du samedi rouge

Publié le par pipelettes

Tirés de "la branche coupée" d'Arthur Upfield
TOILE-ENERVE-PRINCIPALE-CONCEVOIR-ESSENCE-RANGEE-PATIENCE-VISITEUR-PRUDENCE-HABITUDE


TEXTE 1
Vous voulez du sexy ? En voilà :
Pris d'une envie folle de forniquer sa pulpeuse femme, John était très énervé. En effet, il ne pouvait concevoir que quelques jours dans le mois l'empêchent de venir en tant que visiteur en sa femme.
- Soit tu prends ton mal en patience, mon amour, mais je sais que ce nest pas dans ton habitude, soit tu pénètres avec prudence par l'ouverture secondaire car l'entrée principale est envahie par les anglais.
Le dilemne le turlupinait.
Fallait-il qu'elle reste rangée sagement dans son caleçon ou allait-il la libérer de sa toile afin qu'elle montre toute sa puissance ?
Les sens en éveil, il opta pour la deuxième solution.
A peine sorti, elle se brandit, tel un mat et se retrouva luxurieusement dans l'obscurité intime de sa dulcinée.
Il avait pris la bonne décision : quand il y a de la gène, il n'y a pas de plaisir, et ce dernier y était !


TEXTE 2
Sa principale activité du dimanche était de passer sur la place du marché et d'aller se faire une toile, une habitude comme une autre.
Il ne pouvait concevoir de faire plus d'une essence par mois et sa voiture rangée avec prudence au garage lui évitait d'être énervé au moment de reprendre le boulot, très tôt le lundi matin.
Il aimait bien jouer les visiteurs du soir en allant se balader à la tombée de la nuit, autour du port.
La patience lui venait avec l'âge, en même temps qu'un début de calvitie.


TEXTE 3
Enervé, à bout de patience qui, avec la prudence n'est pas d'habitude ma qualité principale, je décidai de me faire une toile. Je m'assis à la troisième rangée.
Un visiteur inopportun, qui sentait l'essence, s'assit à côté de moi. J'en conçus une vive irritation.


TEXTE 4
D'habitude, quand je perds patience, la prudence me fait concevoir des solutions plus pacifistes. Enervé par ce visiteur, ma principale toile rangée, je l'aspergeai d'essence et craquai une allumette.

 TEXTE 5
A cours d'essence, une nouvelle route s'avéra nécessaire. Il fallait sans tarder faire le plein de combustible. A l'idée d'abandonner, ne serait-ce que quelques fractions d'eurémi, sa toile rassurante et lieu de toutes ses habitudes, Johanna perdait patience.
La cinquième de ce système ferait bien l'affaire. 
Les capteurs bio-arachnosensoriels de son vaisseau buissonnant avaient décelé une forme de vie, extrèmement primitive, certes, de la même espèce.
Elle trouverait donc à coup sûr du carburant pour son engin interstellaire ainsi que pour son corps mou.
Le prédateur principal de la planète faisait preuve d'une barbarie et d'une cruauté inconnue sur la sienne.
Il faudrait faire preuve de prudence, envoyer ses pulse-secondes, tâter le terrain, avant de se risquer à découvert.
Elle posa délicatement son vaisseau, rangé à côté d'un spécimen local de buisson.
Le mimétiste était presque parfait.
Les premiers pulse-secondes renvoyaient les premières informations sur l'univers étranger où elle allait poser ses pattes.
Bien qu'aunombre de huit, elle y tenait et ne pouvait se résoudre à en perdre, ne serait-ce qu'une seule...
Rien à craindre ; énervée par la salinité du milieu qui dérèglait fortement son modulateur de synthèse phéromonal, elle allait devoir concevoir, dans l'urgence, un plasmalutorisateur de secours.
Ne pas mettre en péril son troisième cervelet ex-abdominal.
- scritch, scritch...
Un premier visiteur ?


TEXTE 6 collectif

Six plumes - Olga, Chrylya, LN, Lethidee, Bloomdibo, Phylisse - Dix mots imposés - Un texte partagé au vent doux d'une balade hors des sentiers habituels... :)
***
Une étrange émotion m'avait étreinte lorsque j'avais vu cette maison, plantée un peu en retrait de ce chemin vicinal rempli d'ornières où je m'étais fourvoyée en cherchant à éviter de traverser la ville.

Ma voiture s'était embourbée et j'avais marché pendant des kilomètres sans rencontrer âme qui vive ni la moindre trace d'une construction.

Alors que j'étais absolument certaine de n'être jamais venue ici, j'eus, en dépassant un bosquet de viornes, comme une impression de déjà vu.

La maison n'avait pas l'air d'être habitée. Une végétation désordonnée envahissait la cour. Lorsque j'entrais dans le couloir sombre par la porte déjà entrebâillée, quelque chose comme une toile d'araignée m'enveloppa soudain.

Je savais déjà que si quelqu'un d'énervé arrivait sur le champ pour me hurler à pleins poumons que j'étais dans une propriété privée et qu'il fallait déguerpir au plus vite, il aurait droit à un de ces coups de pied dans le mollet dont j'ai le secret et qu'il se le tienne pour dit, le malotru.

Ma pensée principale à cet instant était de comprendre ce que ce lieu évoquait pour moi, car il était évident que mes premiers pas entre ces murs réveillaient mes sens. Je tentais d'activer des souvenirs anciens, mais rien ne me parvenait clairement. J'avais en revanche une étrange sensation, comme un trou noir que je ne saurais éclairer seule.

L'impression d'être déjà venue dans cette maison m'envahissait à mesure que j'avançais dans le couloir. La porte entrebâillée avait permis un entassement de feuilles et de brindilles et je devais faire attention à chaque pas...

À droite je savais trouver une vaste pièce avec une cheminée ancienne et très haute où deux personnes peuvent se tenir sous le manteau. Très émue, j'hésitais à ouvrir la porte comme si je préférais restée encore un peu dans l'incertitude. Concevoir un monde où le hasard n'existait pas était tout à fait dans mes cordes ... J'allais en avoir le coeur net...

Au moment où je posais la main sur la poignée, je savais que j'allais à l'essence même des choses, retrouver un souvenir. Pas un souvenir lié à cette maison, je n'y ai jamais mis les pieds, j'en suis tout à fait sûre. Une réminiscence c'est ça... Quelque chose m'attend derrière cette porte.

Je me sentais tout à la fois fébrile et conquérante... J'entrouvris la porte discrètement. La pièce était lumineuse ! Inondée de soleil et de vie, à ma grande surprise. Mon regard se dirigea vers la table. A côté d'un magnifique lys sortant son long col d'un vase de cristal, une rangée de livres attira mon attention, notamment celui qui se trouvait ouvert, comme si quelqu'un venait d'interrompre sa lecture.

Ce livre ouvert, ce lys encore odorant , témoins d'une inquiétante présence . Je parcourus attentivement du regard les moindres recoins de la pièce pour déceler un détail incongru. Mais je n'étais pas d'une grande patience. Ma curiosité l'emporta sur la prudence : je m'approchai de la table et saisis l'ouvrage.

La page affichait des caractères en palatino, le dessin élégant des lettres attirait mon regard plus que les mots eux-même. Puis je commençais la lecture.

"A vous, visiteur de ce jour - homme ou femme, je dédie ces pages.

Combien de temps s'est écoulé entre ces mots que j'écris et ces même mots que vous lisez ?

Vous souvenez-vous de ces feuilles que vous regardiez tomber des arbres. Ces moments, mouvements, d'une infinie lenteur, vous ramenaient sans cesse à cette enfance qui ne voulait pas vous quitter.

Aujourd'hui ces feuilles vous ont conduit jusqu'à moi, jusqu'à me lire"

Je m'arrêtais un instant, envahie d'un souffle chaud qui me parcourait tout le corps, accompagné de la sensation étrange d'entendre la voix d'un vieil homme que j'avais connu jadis lorsque, jeune fille, je parcourais les allées du parc devant la maison familiale.

Je l'avais découvert un jour, assis au pied d'un arbre emmitouflé dans une cape de laine, barbe blanche et cheveux longs mangeaient un visage buriné. Depuis combien de temps était-il là ? On aurait dit qu'il n'avait pas bougé depuis des années alors que chaque jour mes pas me conduisaient sur ces sentiers.

J'avais toujours manqué de prudence dans ma toute jeune vie, et ce jour là ne fit pas exception. J'aurais pu avoir peur et passer mon chemin, mais quand nos regards se croisèrent, qu'une feuille de platane vint caresser mon épaule alors qu'il en tenait une autre entre ses doigts, il y eut comme un courant d'air entre nous et c'est à cet instant qu'il m'avait dit :

"Une feuille est tombée, un noeud s'est défait".

Il se tenait toujours au même endroit sur le bord de l'allée. Je lui rendait visite régulièrement, seule. Il éclairait ma jeunesse de ses lumières, de son savoir.

De sa barbe drue, épaisse, le verbe sortait, calme et fruité, abreuvant un récit sacré qui ne s'adressait qu'à moi.

Je me souviens maintenant...

"Plus jamais tu ne vivras dans l'habitude aujourd'hui le noeud ancien est défait, tu peux avancer vers le merveilleux"






Publié dans JEUX DE MOTS

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